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La pollution au mercure en région polaire,de l’atmosphère aux écosystèmesChristophe
Ferrari, Aurélien
Dommergue,
L’air du pôle Nord est-il si pur ? Si éloignées soient-elles des grands centres industriels, les régions polaires ne sont pourtant pas à l’abri de l’influence de l’Homme. Le cas du mercure est édifiant. Prenons une région proche du pôle nord, comme le Groenland, située à des milliers de kilomètres des centres industriels chimiques, miniers, des combustions de comburants fossiles (le charbon par exemple), des incinérateurs ou encore de chercheurs d’or - des activités communément émettrices de mercure -, on y décèle pourtant l’existence d’une contamination au mercure. Une équipe danoise s’est en effet aperçue que les concentrations en mercure présentes aujourd’hui dans la fourrure des ours polaires sont au moins 10 fois supérieures à ce qu’elles étaient avant l’ère industrielle.
Photo 1 : Baie
du Roi, Spitzberg, printemps
2007 (©Xavier Faïn).
Photo 2 : Baie
du Roi, Spitzberg, fin du printemps 2007 (©Xavier Faïn).
Mercure
et manteaux Neigeux : des interactions complexes. Les espèces
mercurielles se retrouvent dans la neige par plusieurs processus.
Tout d’abord par dépôt humide, via les précipitations neigeuses
elles-mêmes. Lors de la formation du flocon dans le nuage, le mercure
divalent (forme oxydée du mercure qui a cédé 2 électrons) présent
dans le nuage adsorbé aux poussières ou bien même gazeux peut se
retrouver intégré au flocon en croissance. Ensuite lors de la chute
du flocon, ce dernier peut accrocher à sa surface du mercure divalent
présent dans l’atmosphère, par lessivage atmosphérique. Cette voie
s’appelle le dépôt humide, par référence à la précipitation d’eau,
en l’occurrence solide. Un deuxième type de dépôt, le dépôt sec,
consiste lui en une sédimentation des particules atmosphériques
contenant le mercure divalent. Les particules sous l’effet de leur
propre poids vont en l’absence de vent lentement tomber sur les
surfaces de neige. Ce dépôt sec est minoritaire en intensité de
mercure déposé comparé au dépôt humide.
Photo 3 : Puit
de neige et prélèvements sur le kongsvergen, glacier du Spitzberg,
printemps 2007 (©Xavier
Faïn).
La neige polaire n’est pas qu’un réacteur chimique. Elle contient des micro-organismes (bactéries, levures, champignons,…) qui se sont adaptés à ces conditions difficiles tant par la température que par la pauvreté de ce milieu de vie. Ces micro-organismes sont capables de vivre et se développer à des températures situées au-dessous de 0°C. Le nombre de bactéries mesuré dans ces neiges peut atteindre 10 000 par millilitre de neige fondue. Ces micro-organismes peuvent se développer très rapidement lors de la fonte du manteau neigeux et leur nombre peut augmenter rapidement. En 2004 au Spitzberg (Norvège), nous avons collecté et isolé certaines bactéries et levures. En laboratoire, nous les avons fait croîitre dans des milieux de culture adaptés et avons ajouté du mercure à des concentrations proches de celles retrouvées dans les neiges étudiées. Quelle ne fut pas notre surprise de constater que ces micro-organismes interagissent avec le mercure à ces concentrations, soit pour l’éliminer (mécanisme de détoxification), soit pour au contraire le transformer en méthyl-mercure, espèce mercurielle toxique. Ces micro-organismes auraient donc la faculté de produire ce poison et de le libérer dans le milieu. Si cela a été vu en laboratoire, notre campagne de terrain de ce printemps au Spitzberg avait pour objectif d’examiner si à la fonte, l’eau de ruissellement était fortement chargée en méthyl-mercure. Nos résultats seront connus à l’automne.
Photo 4 : Cabine
équipée pour la mesure des espèces mercurielles dans l’atmosphère,
glacier du Spitzberg, printemps
2007 (©Xavier Faïn).
![]() Figure 2 : Schéma
du cycle du mercure en zone polaire.
Une pollution récente ? Cet état présent des recherches sur le mercure dans les régions polaires nous amène à les replacer dans le temps. Que se passait-il avant ? Et que se passera-t-il demain ? Pour répondre à la première question, il nous faut plonger dans les archives du passé. Il en existe de nombreuses, comme les sédiments et les coraux, mais une d’entre elles nous intéresse tout particulièrement : les calottes glaciaires. Ces dernières ont piégé au cours des centaines de milliers d’années nécessaires à leur lente formation, les gaz contenus dans l’atmosphère au moment de la chute de neige. Si l’on est capable de mesurer le mercure gazeux contenu dans un échantillon de glace ancienne, on sera capable d’estimer la quantité de mercure gazeux présente dans l’air à cette époque là et d’en déduire la pression exercée sur les écosystèmes polaires ou non. Une véritable prouesse technologique : il faut d’abord extraire le mercure contenu dans la glace et ensuite mesurer l’infime quantité présente. C’est là une voie de nos recherches actuelles. Nous avons déjà réussi à remonter en partie dans le passé, grâce à la mesure d’air aspiré à des profondeurs d’une centaine de mètres dans la calotte du Groenland. Les tous premiers résultats nous permettent de retracer l’évolution des concentrations atmosphériques depuis les 50 dernières années. Ainsi les concentrations présentes dans l’air n’ont pas cessé d’augmenter jusqu’aux années 70 où elles ont atteint leur maximum. Dès lors, en raison de nombreux efforts pour limiter les émissions humaines de mercure, elles ont chuté d’un facteur 2. Notre prochain objectif sera d’examiner l’évolution des niveaux atmosphériques bien avant l’ère industrielle afin de quantifier précisément quelle a été l’influence de l’Homme sur les quantités de mercure mobilisées vers l’atmosphère. Quant aux futures concentrations atmosphériques, la question se pose de savoir si elles vont encore décroître. Nous examinons dans un premier temps le passé pour mieux asseoir nos prévisions sur les évolutions futures.
Photo 5 : Chambre
à flux posée sur la neige. Mesure des flux d’émissions de mercure
de la neige vers l’atmosphère
(©Xavier Faïn).
Quoi qu’il en soit, un problème de taille se pose déjà : l’industrialisation rapide de pays comme la Chine et l’Inde qui consomment des quantités importantes de charbon, lequel est capable de dégager lors de sa combustion du mercure. Il y a fort à parier que la décroissance amorcée ne soit donc que de faible durée et que les apports de mercure vers l’atmosphère et les régions polaires regagnent en intensité. Ce grave problème de pollution montre à quel point les écosystèmes polaires sont des écosystèmes fragiles et sont sensibles aux agressions provenant des pays industrialisés. Le rôle des émissions de mercure d’origine humaine semble être de plus en plus claire dans cette contamination et montre si cela était encore nécessaire, qu’il n’existe aucun endroit en lien avec l’atmosphère qui ne subisse l’influence de l’Homme.
2.
Pierre-Alexis Gauchard, Katrina Aspmo,
Christophe P. Ferrari, Aurélien Dommergue, Olivier Magand, Sonia
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Katrine Aspmo,
Christian Temme, Enno Bahlmann, Cathy Banic, Torunn Berg, Aurélien
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Alexandra Steffen,
Thomas Douglas, Marc Amyot, Parisa Ariya, Katrine Aspmo, Torunn
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Gardfeldt, Mike Goodsite, David Lean, Alexandre Poulain, Christina
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