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(Fragile) Faune polaire
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Premier iceberg
À bord du voilier
polaire Antartica, cap au grand Sud, vers
la Péninsule Antarctique.
Nous apercevons un iceberg, le premier en forme de fer à cheval. D’après les
strates de glace, il est vieux de plusieurs milliers d’années. Nous tournons
autour en zodiac, soudain une ombre passe devant l’objectif, je déclenche à
l’instinct…Le résultat, une photo puissante, représentative de l’Antarctique,
de la glace, de l’océan.
À ce jour, seule
la Péninsule
semble avoir
augmenté sa production d’icebergs, le reste du continent Antarctique est encore
épargné par cet effet du réchauffement climatique.
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Sculpture
1er janvier 1992,
temps magnifique, pas un souffle de vent sur
la Péninsule Antarctique.
C’est
l’été australe. Après des heures
passées dans l’eau à les chercher, un
phoque de Weddel approche enfin. Il fait corps avec la roche qui
l’entoure et
m’observe avec de grands yeux ronds. Je relève mon
« boîtier » pour
saisir « l’air et l’eau ». Je cadre
avant que ne s’évanouisse
« ma sculpture»… C’était ma
dernière image… Tout y semble figé,
sculptural, monochrome, seul l’œil du phoque donne vie
à l’ensemble.
Les phoques de Weddell
ont besoin de la banquise. Ils se nourrissent du krill qui prolifère dessous et
les femelles mettent bas dessus.
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Petits hommes en
queue-de-pie
Elephant Island, Sir
Ernest Shackleton laisse son équipage sur ce « caillou » du bout du
monde pour aller chercher du secours en Georgie du Sud. Seule nourriture :
les manchots. Je voulais saisir la vie familiale de ces animaux grégaires.
Allongé dans la neige, au plus près, j’essaye de me faire oublier de ces
« petits hommes en queue de pie ». « Être manchot parmi les
manchots »… Je déclenche au moment où ce manchot jugulaire retourne son
œuf sous l’œil envieux de son voisin.
L’augmentation des
chutes de neige gène la nidification des manchots qui ont besoin d’un endroit
sec pour couver.
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La petite sirène dans le
jardin japonais
Située sur la côte
Nord de l’île de
la
Possession
, la petite crique baptisée « le jardin
japonais » avec ses petites vasques d’eau, rochers et herbes grasses est
un lieu propice à la reproduction des otaries au printemps austral. En me
promenant dans cet environnement par temps de brouillard, j’ai fait la connaissance
de cette jeune femelle assise sur son rocher comme la « petite sirène».
L’image est magique, comme sortie d’un autre temps.
Depuis l’arrêt de la
chasse, l’otarie de Kerguelen recolonise l’archipel Crozet. Mais le
réchauffement des eaux risque d’éloigner ses proies.
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Regard
Îles Diego Ramirez.
Fin de journée, c’est l’heure de la chasse pour les otaries. Rapides, malignes,
elles se camouflent en algue, tête en bas agitant les nageoires pour imiter les
thalles dans le courant. Un manchot vient à passer et l’algue se transforme
aussitôt torpille… Je veux profiter des derniers instants de lumière quand
cette jeune femelle otarie s’approche et me dévisage, elle part, revient,
s’agite dans tous les sens, rapide, insaisissable, ou presque. Elle regarde le
hublot de l’appareil et tente de le mordiller. Je déclenche à l’instant précis
où surprise de me voir, elle relève la tête. Les flashs révèlent juste l’iris
de ses yeux.
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La dorsale de l’orque
Cinquantièmes
hurlants, dans les eaux de l’archipel Crozet. Les derniers rayons du soleil
irisent encore la houle calme, presque huileuse. Au ras des vagues, nous
suivons un groupe d’orques. Un grand mâle vient à nous, sa dorsale dressée à
près de deux mètres au-dessus de l’eau. Une image qui évoque puissance et…
peur... L’albatros qui le survole se découpe dans le ciel ajoutant de la
profondeur à la scène.
Au sommet de la chaîne
alimentaire, la survie de ce super prédateur dépend entièrement du maintien des
effectifs de ses proies.
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Ne vois-tu rien venir ?
Printemps austral,
quatre mois de solitude pour observer la reproduction des animaux marins dans
la Baie Américaine
sur l’île de
la
Possession.
Éléphants de mer, otaries et manchots envahissent
les plages, suivis de près par les orques venus festoyer. Telles des sentinelles,
ces trois manchots royaux scrutent l’horizon avant de se mettre à l’eau. Le
danger est partout. Bien qu’ils semblent s’ignorer, la vie de chacun dépend de
la vigilance de l’autre.
Devant désormais aller
deux fois plus loin pour pêcher le poisson indispensable à leur poussin,
certains manchots ne retrouvent que la carcasse nettoyée de leur poussin mort
de faim.
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Première rencontre
Depuis un mois, les
orques ont fait leur apparition à Crozet. Visitant les plages l’une après
l’autre les plages, elles attendent le bon moment pour saisir un jeune éléphant
de mer qui se met à l’eau. On ne les voit pas, mais on sent leur présence.
Personne n’a plongé avec elles sur leur territoire de chasse… Dominer ma peur,
apprendre… Je me jette à l’eau et j’attends… Soudain, cette orque de plus de
six mètres fond sur moi, gueule grande ouverte et… s’arrête à un mètre de mon
objectif. Veut-elle m’intimider ? Curieuse, elle se regarde dans mon
hublot de plexi. Ses dents plus grosses que mon pouce me fascinent. Je suis
heureux, j’ai gagné mon pari…
En quinze ans, la
moitié des orques de Crozet a disparu !
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Combats pour un festin
La vie dans les mers
australes est rude. Dure réalité d’une nature vierge et sauvage, vie et mort se
côtoient tout les jours. Entre chasse et nettoyage, les pétrels géants sont les
« rapaces » de l’Antarctique. Rare est l’animal malade ou blessé qui
ne termine pas sous les coups de leur bec puissant. S’ensuivent de farouches
bagarres ponctuées de bruyants « hennissements ». Allongé sur le
sable, je me fais tout petit. Les pétrels me passent dessus et me donnent des
coups d’ailes et de pattes, uniquement intéressés par la carcasse de manchot.
Les pétrels géants
profitent de l’augmentation de la mortalité de leurs voisins. Mais que
deviendront-ils si les manchots disparaissent ?
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Le « Gardien du Temple »
Tel est le surnom que
j’avais donné à ce pétrel géant qui couvait sur le petit sentier que
j’arpentais presque tous les jours pendant mes longs mois d’isolement sur l’île
de
la Possession
dans l’archipel Crozet. Il se confondait au gris de la roche, à tel point qu’on
aurait pu passer sans le voir. Par une journée froide et neigeuse, je me suis
approché et j’ai attendu près de lui. Après avoir chuinté quelques minutes, il
s’est calmé. Soudain, le ciel s’est éclairci, la brume s’est levée, le nuage
gris donnait de la profondeur, j’ai attendu qu’il lève la tête pour prendre
cette image
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Bombons sur les galets
De jeunes
« bombons » (ou jeunes éléphants de mer) se prélassent sur la plage
de galets aux derniers rayons du couchant. Tout juste sevrés, les jeunes se
regroupent avant le grand départ vers la haute mer, poussés par la faim. Ils
font tout juste attention à moi, me poussent avec leur museau froid. Me
prennent-il pour un des leurs ? L’un d’eux lève la tête et me regarde,
c’est le moment que je choisis pour mémoriser cette scène, dans un désert de
cailloux.
Le recul des glaces
vers le sud éloigne d’autant l’heure du premier repas. Ces jeunes de l’année
ont-ils reçu assez de lait pour que leurs réserves de graisse suffisent à nager
300 ou
400 Km
de plus ?
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Ballet (Pas de deux) sur sable mouillé…
C’est la vision que
j’ai eu de ces deux jeunes éléphants de mer sur la plage de
la Baie Américaine
(île de
la Possession
,
archipel Crozet). La lumière de fin de journée, la couleur monochrome du
tableau donne une impression de calme et de sérénité à la scène. La réalité est
tout autre : ces deux jeunes éléphants de mer s’entraînent par le jeu aux
combats qui les attendent une fois adultes.
Avant d’avoir une chance de conquérir un
harem, ils devront grandir encore et accumuler d’énormes réserves de graisse…
et ne pas les dilapider dans le trajet qui sépare la banquise de leur plage de
naissance à Crozet.
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Le danger vient de la mer, le repas
aussi !
Après plusieurs
semaines de sevrages, les « bombons » (ou jeunes éléphants de mer)
affamés se pressent sur la plage et batifolent dans le ressac. Au fait de cette
habitude, les orques prennent parfois le risque de s’échouer pour les attraper.
Près de 30% des jeunes éléphants de mer serviront de dîner aux orques. Fin de
journée, les orques rodent. Insouciants, les jeunes bombons regardent passer
deux triangles inquiétants le long de la côte. En un instant, la magie
opère : les deux orques dessinent une symétrie parfaite le long de la
plage, les deux bombons en surveillent chacun un. L’image monochrome raconte à
elle seule une histoire.
Premier Prix
Environnement du « World Press » en 1998.
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Indiscrétion
Il pleut, il neige, il
vente, les éléphants de mer sont là depuis quelques semaines. Aussitôt
arrivées, les femelles mettent bas. Dès leur petit sevré, les femelles
s’accouplent avant de repartir en mer. Comparés aux femelles amaigries, les
mâles tout en muscles et en graisse sont énormes. Indiscret, je rampe en direction
d’un couple. Occupé, le mâle me lance quand même un avertissement, un cri
rauque et guttural. Je suis sur mes gardes… Malgré leur aspect lourdaud, les
mâles sont extrêmement véloces sur de courtes distances. Il me faut approcher
au plus près si je veux capter l’instant, saisir l’ambiance et montrer la
rudesse de la vie dans ces contrées lointaines. Un skua en quête de nourriture
survole le harem : c’est dans la boîte !
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Sur le qui-vive
J’ai décidé de passer
la journée dans la roquerie de manchot royal. Regarder, observer, attendre et
attendre encore : c’est le sort du photographe. Attendre qu’il se passe
quelque chose, quelque chose de différent, pouvoir fixer un instant
particulier. Enfin, je vois ce jeune mâle périphérique, sans harem, tenter de surprendre
une femelle à l’écart. Il est inquiet et surveille constamment le Pacha. Sa
posture, typique d’un éléphant de mer à terre, prend une toute autre allure au
milieu de la multitude de manchots royaux qui l’entoure : la disproportion
de taille est manifeste. Il me fait l’effet d’un dinosaure débonnaire…
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Le regard de Lolita
Un après-midi d’août, péninsule de Valdès, Argentine. La baie peu
profonde est le théâtre des joutes amoureuses de la baleine franche australe.
Temps calme, eau fraîche, cela fait près d’une heure que j’essaye de
photographier l’un de ces géants. Cette femelle me tient en respect, “joue avec
moi”. J’essaye de me placer entre elle et le soleil afin qu’il éclaire sa peau
… Difficile, Lolita, comme j’ai fini par l’appeler, se place systématiquement
entre la lumière et moi. C’est elle qui me place dans le soleil afin de mieux
m’observer. Je finis par faire ce portrait, ce regard … Quand je veux retourner
au bateau, elle continue à m’empêcher de me placer à contre-jour. Impossible de
rejoindre le voilier ancré derrière elle. Finalement, l’Antarctica doit
m’envoyer le zodiac. Elle resta une bonne partie de la nuit autour du bateau …
Malgré vingt ans
d’interdiction de la chasse, certaines populations de baleines ont du mal à
retrouver leurs effectifs d’avant le massacre. Le réchauffement des eaux de
leurs sites habituels d’alimentation a fait fuir les proies.
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